Jets 2015 : rien ne sert de courir, c'est défense d'entrer

Le nouveau New York Sack Exchange ?
Le nouveau New York Sack Exchange ?
le 29/08/2016 à 20:40 par Tili

2015 apporte son lot de changements à New York : nouveau staff technique, nouveau système défensif et nouveaux personnels. Le principal défi pour l’entraîneur Todd BOWLES et le coordinateur Kacy ROGERS consiste à faire cohabiter trois defensive ends talentueux, Sheldon RICHARDSON, Muhammad WILKERSON et Leonard WILLIAMS, sur une ligne à trois ne laissant la place a priori que pour deux d’entre eux. L’alchimie se développe au fil des semaines mais reste encore à parfaire. Résultat : sur des bases productives extrêmement élevées en début de saison, correspondant à l’indisponibilité de Sheldon RICHARDSON qui diffère la problématique de la cohabitation, la défense rentre petit à petit dans le rang, pour finalement ne plus afficher grand-chose de spécial dans son ensemble. Malgré tout, elle tutoie le panthéon dans deux compartiments spécifiques.

 

 

COURSE

Malgré le retour du cornerback Darrelle REVIS, la force principale du onze repose sur ceux de devant, qui composent l’une des meilleures lignes en 2015. Le front se montre particulièrement intraitable contre la course, au point de bouleverser les annales. Comparées à celles des 1081 concurrents depuis 1978, les principales statistiques classiques frôlent l’exceptionnel : 1335 yards (2ème en 2015, 49ème depuis 1978), 3.58 yards par course (3ème en 2015, 134ème depuis 1978). Celles plus confidentielles, où la défense truste la tête en 2015, modifient carrément la donne : 4 touchdowns (3ème plus petit total depuis 1936, 2ème plus petit total depuis 1978), 1.07 % de courses qui finissent en touchdown (12ème depuis 1978), 62 premières tentatives (13ème depuis 1978).

Deux statistiques avancées de Football Outsiders créditent cet ouvrage. La première concerne la DVOA, concept disponible de 1950 à maintenant pour 1702 défenses.

Cette valeur met en lumière et appuie le côté historiquement dominateur des Jets contre l’une des deux voies offensives. Ils font partie des 43 unités sous le seuil des -30.0 % dans l’un ou l’autre domaine. Tandis que 35 effacent cette barre contre la passe, seulement 8 parachèvent cet exploit contre la course.

La deuxième concerne l’ALY (« Adjusted Line Yards »), concept disponible de 1996 à maintenant pour 631 défenses. Il s’agit d’une analyse de régression formulant les yards par tentative accordés par le front seven, spécialement la ligne, aux running backs exclusivement. Les valeurs sont ajustées à la situation : down, distance, adversaire, formation offensive. Plus l’ALY diminue, plus la ligne défensive entrave les coureurs. En complément, le concept fait apparaître le pourcentage de courses arrêtées à ou derrière la ligne de scrimmage. Contrairement à la DVOA, ce qui se rapporte à l’ALY exprime une valeur absolue et non relative.

Ces chiffres explicitent à merveille la compétence de la ligne.

Grâce à elle, la suprématie n’est jamais aussi visible qu’en semaine 12 pour la réception des Dolphins, avec la bagatelle de 12 yards au sol abandonnés. Depuis 1940, sur les milliers de matchs disputés en saison régulière, à peine 97 enregistrent une quantité équivalente ou inférieure. Autres faits notables : 9 matchs à moins de 100 yards, dont 3 à moins de 25 (le record se situe à 4). À l’origine de telles prouesses, un personnel de base en 3-43-4
formation défensive avec 3 linemenLinemen
littéralement, les hommes de la ligne (de scrimmage). Il y a les linemen offensifs et les défensifs. Ils s'opposent dès le snapSnap
signal de départ de l'action, quand le centre transmet la balle au QB.
donné.
et 4 linebackers.
comprenant Damon HARRISON en nose tackle, épaulé par Muhammad WILKERSON et Leonard WILLIAMS en defensive ends. Sheldon RICHARDSON se positionne en outside linebacker côté faible. Un compromis permettant d’aligner les trois stars sans déséquilibrer la formation, tout en tirant profit de leurs caractéristiques. En effet, le morphotype et la polyvalence du numéro 91, comparables à ceux d’un certain James HARRISON, légitime cette fantaisie. Le quatuor reçoit le soutien notamment de David HARRIS, inside linebacker spécialiste de la course, et du strong safetySafety
Signifie deux choses différentes : 1) c'est le plaquage du porteur du ballon dans sa propre zone d'en-but. Cela rapporte 2 points à l'équipe qui l'effectue et elle récupère la possession du ballon. L'équipe victime du safety va alors dégager depuis ses 20 yards au moyen d'un botté façon "punt". 2) c'est un poste en défense. Le safety est en quelque sorte le dernier rempart. Par analogie avec le football "européen", on le qualifie de "libéro".
Calvin PRYOR selon l’apparence de l’attaque.

 

ZONE ROUGE

La défense en zone rouge traduit la capacité à empêcher l’attaque adverse de finaliser son drive par un touchdown lorsqu’elle arrive dans les 20 derniers yards. Pour cela, elle oblige un field goal ou récupère la balle. Les données de Team Ranking sont disponibles de 2003 à maintenant pour 416 défenses.

Environ une apparition sur trois de l’attaque dans les 20 yards se solde par un touchdown. Un ratio éloquent appréhendé tel quel. À prendre avec précaution toutefois, car le volume de tentatives et d’échecs n’est pas fourni. De plus, bien que composante importante, la défense en zone rouge n’est pas la plus prégnante pour jauger une escouade dans sa globalité (celle des Broncos, référence 2015, termine 20ème avec 59.46 %). Cela peut signifier que l’attaque avance sans trop d’encombres et se place fréquemment en position de capitaliser. Ou alors qu’elle y parvient de loin, sans pénétrer dans les 20 yards. Dès lors, deux manières de percevoir ce chiffre se dégagent. La première : comme une performance singulière, compte tenu de l'orientation croissante de la ligue vers l'attaque depuis 2003. Les Jets 2015 devancent plusieurs cadors, dont leur célèbre version 2009. En outre, ils ne cèdent que 280 points nets (5ème), signe qu’il n’existe pas d’hémorragie particulière quel que soit l’endroit sur le terrain. La deuxième : comme une performance à tempérer, compte tenu du calendrier affronté et de la piètre qualité offensive pendant l’année. Une seconde moitié d’argument elle-même à modérer, puisque les Jets larguent malgré tout leurs contemporains. En témoigne l’écart avec le dauphin.

 

QUELLES PERSPECTIVES POUR 2016 ?

Avec un effectif relativement similaire et un staff moins dans l’expérimentation, la défense devrait franchir un palier en 2016, surtout contre la passe, et ainsi concourir pour le titre officieux de meilleure du championnat. Elle jouit d’une importante marge de progression en matière de points inscrits : 30 turnovers (interceptions et fumbles recouverts) (3ème), aucun retourné pour touchdown. Ainsi qu’en matière de sacks : 39 (12ème), avec simplement 6.09 % de tentatives de passes affrontées qui débouchent sur le plaquage du quarterback (18ème). L’optimisme semble ainsi justifié.

Le groupe possède des fondements solides à exploiter. Annihiler la course signifie obtenir des deuxièmes voire troisièmes-et-long. Sur le papier, le pass rush figure parmi les plus brillants et offre énormément d’alternatives. La capacité de Sheldon RICHARDSON à évoluer en deux points a de quoi troubler les adversaires. D’autant que le trio de lourds (WILKERSON, WILLIAMS et lui) peut jouer sur quasiment tous les postes de la ligne, de defensive end à defensive tackle, en passant par nose tackle et outside linebacker, avec la responsabilité d’un ou deux intervalles. Ce petit monde évoluera dans le système de Todd BOWLES pour la deuxième saison. La maîtrise s’annonce supérieure, aussi bien dans la communication en secondary que sur les schémas de blitz, avec pour conséquence une pression plus efficace. Si les hommes de Kacy ROGERS sont épargnés par les blessures, ils détiennent les cartes pour semer la terreur. Rappel : Muhammad WILKERSON se casse la jambe fin 2015, Darrelle REVIS est gêné par son poignet ce qui l'empêche d'être physique avec le receveur, Calvin PRYOR rate trois matchs à cause d’une cheville douloureuse ; sans oublier la suspension de Sheldon RICHARDSON lors des quatre premières journées et le statut de rookie pour Leonard WILLIAMS.

Quelques inconnues demeurent. Quel impact aura le départ de Damon HARRISON sur la capacité des verts et blancs à enrayer la course ? Véritable ancre, celui-ci constitue sûrement la référence dans son registre en 2015. Néanmoins, la défense au sol excelle depuis 2008. Jusque-là, elle survit aux départs successifs de plusieurs coordinateurs et nose tackles de haut niveau sans vaciller, avec comme constantes les piliers David HARRIS et Calvin PACE. À quel niveau reviendra Muhammad WILKERSON ? Sans conteste le Jet le plus en vue en 2015, seul All-Pro de ce côté du ballon. Sa présence et son aura s’avèrent primordiales, raison pour laquelle les dirigeants le prolongent durant l’été. Le remplaçant de l’inside linebacker numéro deux, Demario DAVIS, apportera-t-il davantage en couverture ? Le deuxième rideau gère difficilement les running backs sortant du backfield sur des tracés extérieurs de type wheel ou flat. Cela vulnérabilise le collectif et expose la secondary. D’ailleurs, le remplaçant d’Antonio CROMARTIE en améliorera-t-il le rendement en dents de scie ? L’ancien cornerback numéro deux est souvent débordé en un contre un et sa fiabilité au plaquage laisse à désirer. De la réponse à ces quatre questions dépendent en partie la production 2016, et certainement le destin de l’équipe entière.

 

 

En 2015, la défense des Jets démarre tambour battant, avant de finir sur un rythme plus modeste. Un ralentissement de cadence garant cependant d'une escouade dans le top 8 à l'issue d'un exercice où quelques écuries se mettent en évidence, et synonyme tout de même de performances historiquement significatives dans des aspects localisés du jeu. Les accomplissements remarquables contre la course reflètent-ils une véritable aptitude à la stopper ? Ou matérialisent-ils le déclin généralisé des attaques au sol dans une NFL tronquée en faveur des airs ? Quoi qu’il en soit, dommage pour New York que régner sur la voie terrestre ne suffise plus à gagner. Parmi les douze équipes encaissant le moins de points, onze se qualifient en playoffs. L’unique absente ? Celle des… Que 2016 apaise cette désillusion ou non, les présents achèvements resteront. Imperméabilité contre la course et imperméabilité en zone rouge : pour les assaillants des Jets en 2015, rien ne servait de courir car c’était défense d’entrer.

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 Il y a deux sortes de coaches, ceux qui viennent de se faire virer, et ceux qui vont se faire virer.  – Bum Phillips, coach, Houston Oilers

En VO :  There are two types of coaches: them that has just been fired and them that are going to be fired. 

Citation décalée proposée par micky pour 10 Bzh. Suggérer une citation réelle ou fictive pour 10 Bzh !