Les raisons du succés en NFL? une équation forcément complexePistes de réflexions et analyse de l'échec des Chargers

Pourquoi une équipe reste mauvaise d’année en année ? Alors que l’on pourrait penser qu’à force d’être mauvaise elle devrait accumuler les bons tours de draft et donc se ressaisir comme l’ont fait les Lions par exemple… mais la draft n’est pour moi qu’un des aspects du problème et il ne suffit pas d’avoir les premiers choix pour faire des affaires et changer la donne.
Premièrement, un joueur drafté n’est pas une machine qui performe d’office quelque soit l'équipe qui l'embauche. Si Aaron Rodgers, qui a été sélectionné après Alex Smith à la draft, était tombé chez les 49ers (et leur absence de protection de passe et de playmaker) aurait-il autant réussi ? Est-ce qu’Alex Smith serait devenu une légende s’il avait été drafté par les Packers et eu le temps de grandir dans l’ombre de Brett Favre ? Impossible de répondre à ces questions, mais disons que le résultat d’une draft dépend énormément de la stabilité de l’équipe qui accueille le joueur. Quand les Redskins changent sans cesse de coordinateurs offensifs, ils grillent leur attaque en ne lui permettant pas de prendre ses marques. Demandez à Jason Campbell qui a connu 6 schémas offensifs différents en 5 ans à Washington… au final, difficile de dire si Campbell a jamais eu le niveau NFL.
Cette remarque permet de mettre le doigt sur un premier point : une équipe a du succès grâce aux joueurs dont elle dispose, mais aussi via la stabilité de son programme et de son staff. Par exemple, les Patriots ou les Steelers ne changent pas de coach et de GM au moindre echec, les Giants n’ont pas viré Tom Coughlin quand l’équipe était au creux de la vague et depuis il a ramené 2 Super Bowls à l’équipe de la grosse pomme. Pourquoi ? Car ils misent sur le fait que le long terme permet d’instaurer un système et de jouer sur plusieurs draft sans croire à la draft miracle couplée à des free agent pour changer du tout au tout l’équipe. Rappelez-vous que depuis les débuts de la NFL, les Steelers n’ont eu que 4 coachs différents (Bill Austin, Chuck Noll, Bill Cowher et Mike Tomlin) et pourtant ils ont eu des saisons difficiles où la pression était forte sur la famille Rooney. Coté Patriots, il y a eu plus de coachs (11) mais Bill Belichick tient les rênes de l’équipe depuis 13 ans maintenant… alors que sur la même période les Redskins ont eu 7 coachs différents (Norv Turner, Terry Robiskie, Marty Schottenheimer, Steve Spurrier, Joe Gibbs, Jim Zorn et Mike Shanahan) ou encore les Raiders avec 8 coachs différents. Concernant les Raiders, tout le monde se rappelle qu’ils ont échangé Jon Gruden avec les Bucs (qui avaient fait un pont d’or avec 2 premiers tours de draft et 2 seconds tours de draft plus 8 millions en liquide pour avoir « chucky ») alors qu’il remontait leur franchise avec brio (mais n’avait pas l’attaque verticale que voulait son président). Depuis, les Raiders n’ont gagné qu’un tiers de leurs matchs alors que Gruden offrait le titre aux Buccaneers l’année suivante.
Arrivé à ce niveau de réflexion, on voit déjà que le succès est quelque chose qui se construit sur énormément de paramètres : une bonne draft, des recrues en free agent de qualité, un coach brillant à qui on donne le temps nécessaire, une bonne « période »… et pour illustrer mon propos je prendrais un exemple de franchise NFL : non pas les Raiders ou les Browns et leur médiocrité constante, mais les Chargers.
En effet, San Diego aurait pu être l’équipe d’une décennie, mais au final la première décennie du XIéme siécle aura été marquée par les Patriots et les Steelers. Les raisons ? Voyons-les dans l’ordre tant sur les points réussis que sur ce qui a raté.
Du travail dans la continuité
Marty Schottenheimer et Norv Turner sont restés respectivement 4 et 5 ans à la tête de l’équipe en tant que Head-Coach et ils ont clairement eu les moyens de mettre leur patte sur l’équipe entre 2003 et 2013. AJ Smith a été le GM de la franchise entre 2003 et 2013, soit 10 ans à gérer la draft et le personnel.
Une bonne vision à la draft
Les Chargers et AJ Smith ont plutôt réussi leur draft saison après saison : Antonio Gates, Drew Brees, Michael Turner, Ladainian Tomlinson, Antonio Cromartie, Darren Sproles, Vincent Jackson, Shaun Philips, Shawne Merriman, Philip Rivers… ou plus récemment Malcom Floyd ou Ryan Mathews.
Alors évidement certains disent qu’ils avaient des choix risqués de joueurs à caractère difficile mais au final les résultats individuels (dans d’autres clubs pour Brees ou Cromartie) donnent clairement raison à AJ Smith car même si certains joueurs sont difficilement gérables, ils sont performants sur le terrain.
Une attaque efficace…
Avec 63% de victoires en saison régulière, les Chargers sont dans le Top5 des équipes les plus performantes des 10 dernières années en saison régulière. Le niveau de leur poule a quelque peu faussé les données car quand on rencontre 2 fois les Raiders et les Chiefs dans l'année, ça aide mais cela fait partie du jeu (les Patriots rencontrent deux fois les Bills et les Dolphins chaque année ce qui aide clairement) et leur bilan sportif montre qu’ils ont su gagner hors des frontières de l’AFC Worst (oups ! West).
Ce bilan statistique s’explique en grande partie par la puissance de leur attaque qui n’a jamais fini en deçà de la 5ème place sous l’ère Turner, et qui a été capable de brasser un nombre de talents impressionnants en 10 ans : pensez à Tomlinson au sol, remplacé par Turner qui a été remplacé par Sproles, et qui est aujourd’hui menée par Ryan Mathews.
… mais une défense décevante sur la période
En football on dit que les « défenses gagnent les championnats » et cet adage se vérifie souvent. En effet, si on regarde les champions depuis 2000 on trouve un paquet de grosses défenses : Patriots (3 titres), Steelers (2), Ravens (2) et Buccaneers (1). Sur les 13 derniers Super Bowls, 4 ont été gagnés par la meilleur défense de la saison, 2 par la seconde, 1 par la 4ème et 1 par la 6ème. Les exceptions sont les Colts (22ème défense), Giants (17 et 25ème), Saints (20ème) et Ravens l’an dernier (12ème).
Regardons donc le bilan des Chargers sur la même période : 29, 16, 22, 31, 11, 13, 7, 5, 15, 11, 10, 22 et 16ème défense. On voit qu’il y a eu une bonne période qui correspond au passage de Ron Riveira promu de son poste de coach des LinebackersLinebacker (LB)
joueur de la défense polyvalent qui constitue le 2ème rideau défensive. pour prendre la défense durant 4 saisons… et ce seront les meilleures années de l’ére Turner avec 3 participations en playoffs en 4 ans. Après le départ de Riveira, l’équipe sombre en défense avec Greg Manusky, qui ne tiendra qu’une année (22ème défense de la ligue), avant que John Pagano ne redresse un peu la barre l’an dernier (16ème).
Les Chargers sous Turner ont été 2 fois seconde attaque NFL, 1 fois 4ème et 2 fois 5ème… mais en défense ils ont réussi qu’une fois (en 2007) à être dans le top10. Comme par hasard en 2007 ils sont allés en finale de conférence. A l’opposé, si on regarde les Patriots sur la même période, leur défense a été 1 seule fois en dehors du Top9 (en 2011) alors que leur attaque n’a jamais été plus mal classée que 8ème. Pourtant la défense des Patriots n’a pas plus objectivement de talents individuels que les Chargers : mais elle a toujours eu des très bons coordinateurs défensifs (Roméo Crennel bien sûr, mais aussi et surtout Dan Pees qui est un maître) qui ont su sublimer des joueurs « moyens » comme Mike Vrabel, Ty Warren, Tully Banta-Cain ou Rob Ninkovich. En effet, les Patriots (ou d’autres équipes comme les Steelers) n’ont pas 11 joueurs de niveau Hall of Fame, mais ils savent jouer avec une équipe défensive avec quelques membres clés et beaucoup de joueurs dévoués. Cela les Chargers n’ont jamais su le faire pour deux raisons : un manque de vision défensive en coordination (hors période Riveira), et un investissement démesuré sur la défense longue qui a pénalisé la premiére ligne de défense pendant de nombreuses années.
Un coach pas adapté
Sans vouloir manquer de respect à Norv Turner qui a l’air d’un gentil bougre, l’échec des Chargers lui incombe en grande partie (et à AJ Smith qui n’a pas su le virer). En effet, même s’il a eu toutes les cartes en main pour réussir, Turner n’a jamais paru être au niveau pour coacher en NFL (bien qu’il ait été aux commandes sur près de 250 matchs). Il est un très mauvais communiquant dans le vestiaire et devant la presse, ses joueurs ont toujours dit qu’il ne savait pas motiver (comparez l’un de ses discours à ceux de Singletary et vous serez fixé), il a toujours été très distant avec ses joueurs (contrairement aux frères Harbaugh ou à Mike Tomlin), il a eu du mal à appréhender la défense, il a misé trop sur l’attaque et s’est retrouvé avec pléthore de joueurs à certains postes ce qui l’a forcé à trader alors qu’il aurait du passer à la draft sur certains postes pour combler ses besoins… en clair ce n’est pas le leader que les Chargers espéraient et son bilan s’en ressent.
La réussite d’une équipe repose sur un équilibre fragile : miser plutôt sur la draft (les free agent sont rarement des affaires), travailler dans la durée avec le coaching staff, disposer de coordinateurs talentueux en plus du head coach qui doit être un leader, avoir un GM qui sait bien évaluer la draft, avoir une défense solide… et avoir un peu de chance car les Chargers ont été sans cesse barrés par les Patriots, Colts et Steelers côté AFC.
A défaut de conclure, j’espère avoir lancé une réflexion et suscité des réactions au regard de l’exemple des Chargers.