Interview de Bob Leverone (The Sporting News)"La chose la plus importante à mes yeux c’est la connaissance du jeu"

Photographe de l
Photographe de l (FA.com)
le 05/03/2013 à 21:30 par Thomas Savoja

Comme vous le savez certainement, FA.com organise pour la seconde année de rang un grand concours photo sur le thème du Football Américain en France. C'est pour nous l'occasion de découvrir quelques personnalités médiatiques US du monde de la photo qui nous ont fait l'amitié d'accepter nos sollicitations pour devenir membre de notre Jury. Après Paul Spinelli, découvrons désormais Bob Leverone du magazine "The Sporting News". Il nous livre un éclairage fort intéressant sur sa façon de voir ce sport depuis le viseur de son appareil sur le bord de touche.

 

Bob Leverone
Bob Leverone

Footballamericain.com : Pour débuter, un grand merci d’avoir accepté de jouer le jeu de ce concours et d’être l’un des éminents membres de notre Jury. Les photographes français qui couvrent nos championnats hexagonaux vont être extrêmement honorés d’avoir un œil aussi prestigieux posé sur leurs travaux. Pouvez-vous nous dire quelques mots en guise d’introduction sur votre expérience globale en ce qui concerne la photographie de Football ?

Bob Leverone : Depuis les trente dernières années durant lesquelles j’ai fait de la photographie le centre de ma vie, la technologie a littéralement explosé et a profondément changé tous les fondamentaux que j’avais pu apprendre à l’université. C’est fou comme la technologie a pu bouleverser le monde de la photo, tout spécialement pour quelqu’un comme moi qui à 21 ans n’aurait jamais pensé qu’il utiliserait un ordinateur de façon aussi intense. Maintenant j’en ai trois dans mon bureau à la maison et je me promène avec 3 ou 4 objectifs chaque fois que je dois couvrir un évènement sportif tel qu’une rencontre de Football.

Par contre, ce qui n’a pas trop changé, ce sont les actes fondamentaux liés à la photo de Football. Vous devez toujours regarder le jeu au travers du viseur de votre boitier. Faire en sorte de cadrer l’action avec votre objectif et exposer le capteur de votre boitier à la place du film de la pellicule de mes débuts, le tout pour capturer le plus correctement possible la fraction de seconde où se déroule l’action. Pour faire cela avec un certain succès, en vrai professionnel, c’est évidemment important de connaitre le jeu, les équipes et les joueurs afin d’être capable d’anticiper au mieux lorsque l’action atteindra son pic d’intensité. Peu importe le point que vous visez au travers de votre objectif, le mieux vous connaissez votre sport et maitrisez votre sujet, le mieux vous connaissez les protagonistes, le plus vous augmentez vos chances de succès. C’est également très important de se sentir à l’aise avec son matériel pour être capable de trouver instinctivement les bons réglages quand vous en avez besoin. En sport, l’action se déroule si rapidement qu’il vous faut avoir un coup d’avance par rapport à ce qu’il se passe sur le terrain. J’adore l’idée que mon appareil soit une extension de mon propre corps. Je n’ai même pas besoin de réfléchir sur quel bouton je dois appuyer ni sur quel réglage il me faut passer. Tout cela est parfaitement instinctif et naturel.

Quels que soient les sujets que vous photographiez, quel que soit le sport que vous shootez, c’est difficile d’obtenir un résultat convaincant. Mais c’est vrai que shooter le Football avec son caractère imprévisible et sa vitesse d’action est particulièrement délicat !

 

Bob Leverone
Bob Leverone

FA.com : Selon vous, quelles sont les principales qualités requises pour devenir un bon photographe de Football ?

BL : Encore une fois la chose, la chose la plus importante à mes yeux c’est la connaissance du jeu, des équipes, des joueurs, des détails. Je suis souvent très surpris de discuter avec des photographes sur le bord des terrains qui n’ont aucune idée des caractéristiques et des tendances de jeu de chacune des équipes. Est-ce que cette équipe privilégie le jeu au sol ? Ou bien, est-ce qu’ils préfèrent lancer en profondeur ? Qu’est-ce qu’ils vont privilégier sur les 3ème tentatives et longues ? Qui est blessé ? Qui est en forme ? Quel est le receveur fétiche du QB dans les moments cruciaux de la rencontre ? Quel est le duel clé de ce match ? Qui est en difficulté et qui au contraire tire son épingle du jeu ? Quelle est la star de l’escouade offensive et celle de la défense ? Il faut vraiment connaitre tous ces détails et lorsque je shoote un match de Football le dimanche après-midi, je passe beaucoup de temps le samedi soir et le dimanche matin à lire la presse pour maitriser tous les petits détails relatifs aux deux équipes que je vais shooter.

 

FA.com : Pour vous, quelle est la différence principale entre shooter une rencontre NFL et une rencontre de College ?

BL : La vitesse ! La NFL est tellement plus rapide et même lorsque vous shootez les meilleures rencontres de Football universitaire, il n’y a que 3 ou 4 joueurs qui évolueront en NFL après qu’ils aient obtenus leur diplôme. Je suis toujours époustouflé par la vitesse d’exécution et la coordination des plus gros hommes de ligne des deux côtés du ballon en NFL.

 

FA.com : Quel est le joueur le plus photogénique que vous ayez shooté dans votre carrière ?

BL : Ça c’est une question difficile. J’ai beaucoup shooté ces deux dernières saisons de façon régulière le QuarterbackQuarterback
c'est le stratège de l'équipe. Il décide des tactiques avec ses coachs. Il est chargé de transmettre la balle à ses coureurs et de distiller les passes à ses receveurs.
des Panthers Cam Newtown. J’ai une mémoire assez sélective et Cam est très athlétique, il est aussi très expressif et il adore partager ses émotions avec les fans, ce qui en fait un sujet de choix. Sinon, je suis un grand fan de LaVar Arrington. Il était incroyable à photographier, tout comme d’ailleurs Randy Moss avec lequel j’ai réalisé de superbes clichés. Mark Ingram était vraiment fun à photographier également. J’ai eu l’occasion de réaliser quelques portraits de lui lorsqu’il était à l’université. La liste pourrait être beaucoup plus longue. La plupart de ces gars sont de grandes personnalités avec des visages très expressifs. Le genre de types qui feraient à peu près tout ce qui est possible de faire lorsqu’un photographe est avec eux en face à face.

 

Steve Smith
Steve Smith (Bob Leverone, The Sporting News)

FA.com : Quelle serait pour vous la photo de Football idéale, celle dont vous avez toujours rêvé mais que vous n’avez jamais pu réaliser ?

BL : En fait, j’aimerais quelque peu changer votre question à travers ma réponse. Lorsque j’ai shooté les Panthers contre les Patriots lors du Super Bowl XXXVIII en 2003, je crois que c’était à Houston, j’ai réalisé cette superbe série de clichés du WR Steve Smith qui réalisait une réception par-dessus l’épaule du CB Tyrone Poole lors de la première mi-temps du match, scorant ainsi un TD donnant l’avantage aux siens. Mes éditeurs avaient donc préparé une couverture de leur magazine avec l’un de mes clichés si les Panthers l’emportaient. Sauf que ce sont les Patriots qui ont triomphé et ma photo n’a jamais fait la couverture et n’a d’ailleurs jamais été publiée. Cela continue à me ronger encore aujourd’hui !

 

FA.com : Quel est votre stade favori pour shooter du Football et quel est votre plus grand souvenir sur un terrain de football en tant que photographe ?

BL : Mon stade favori en ce moment est le "Bank of America Stadium" ici à Charlotte, parce que j’en connais les moindres recoins, les moindres passages, ainsi que chaque membre de la sécurité. Ça me permet également de dormir à la maison la nuit avant et après le match. C’est très simple pour moi et je suis comme à la maison ici. Sinon j’adore la lumière si particulière du Candlestick Park à San Francisco et aussi l’enthousiasme des fans qui s’élève du Heinz Field à Pittsburgh.

 

FA.com : De nombreux photographes campent derrière la « end zone » avec un puissant téléobjectif mais indépendamment de toute contrainte d’assignation, quel positionnement sur le terrain privilégiez-vous pour réaliser les plus belles photos ?

BL : Je suppose que cela remonte aux temps où je shootais avec des pellicules ou des diapos, mais j’aime shooter avec le soleil dans le dos. Je me retrouve du coup souvent du côté visiteur à Charlotte. Lorsque les rayons du soleil sont intenses, j’aime la lumière de côté dans la plupart des stades et cette même lumière sur les joueurs. Donc j’essaie toujours de graviter du côté du terrain où j’ai une lumière arrière même avec mes appareils numériques. Mais je passe également beaucoup de temps dans les coins de la end-zone, agenouillé sur la ligne de fond afin que les joueurs et les coachs sur le bord du terrain ne soient pas dans mon champ de vision.

 

FA.com : Si vous aviez le choix pour vous concentrer sur une position spécifique que ce soit en attaque ou en défense, lesquelles choisiriez-vous pour réaliser une bonne photo ?

BL : En attaque, si je devais avoir une assignation particulière, je souhaiterais probablement suivre un wide receiver. Les receveurs réalisent les actions les plus acrobatiques et donc les plus belles photos potentielles. En défense, je suis toujours à la recherche du Defensive End le plus costaud car ce sont eux qui produisent les plus belles photos de mon point de vue. Lorsqu’un grand Defensive End réalise une action décisive, j’adore rester focalisé sur lui car généralement, ils réagissent de façon très expressive.

 

FA.com: Dans la photo de sport, le matériel est crucial. Quelle est votre combinaison favorite de boitier et d’objectif pour le Football ?

BL : Cette dernière saison j’ai pas mal utilisé un Canon 1Dx avec un objectif Canon 500 f/4 et je dois dire que je suis plutôt à l’aise avec le résultat obtenu !

 

Cam Newton
Cam Newton (Bob Leverone, AP)

FA.com : Parlons de votre batch de post traitement, quel logiciel utilisez-vous et quelles sont vos principales étapes ?

BL : Comme il se trouve que je travaille désormais avec « Associated Press », j’ai le luxe de disposer d’un éditeur sur site qui réalise le gros du travail de post production pour moi. Comme nous devons traiter un grand nombre de clichés en une toute petite période de temps, il utilise Photo Mechanic comme logiciel d’édition et il ouvre ensuite les fichiers avec Photoshop quand il a besoin de retravailler les couleurs ou effectuer des recadrages ou du redimensionnement. Mais la plupart des travaux qu’il effectue, de la capture en passant par la transmission, sont réalisés dans Photo Mechanic. Le recadrage, le redimensionnement, la capture et l’envoi ; tout cela peut-être fait dans ce programme.

Lorsque je retravaille de retour à la maison sur mes clichés, je charge aussi l’ensemble dans Photo Mechanic et effectue ma propre édition en ajoutant mes métadonnées et mon batch de capture pour l’ensemble des photos. Je garde ces images quelques semaines puis je reviens dessus pour sélectionner les 20 à 50 meilleurs clichés. Je les copie alors dans Light Room où ils seront stockés sur plusieurs disques durs. J’utilise Light Room pour chercher les photos classées par mois et par années. Généralement, je conserve l’ensemble des clichés d’une rencontre un mois environ sur mon bureau pour être sûr que je n’ai rien raté en termes de sélection avant de les envoyer à la poubelle et de ne conserver uniquement ma sélection Light Room.

 

FA.com : Pour clore l’interview, pouvez-vous donner 3 conseils aux photographes français pour améliorer leur productions en sachant que les stades français ne proposent pas les mêmes arrières plans qu’en NFL !

BL : Mon meilleur conseil pour tout photographe qui cherche à shooter un sport, c’est d’en savoir le plus possible sur le match, les équipes et les joueurs. C’est tellement important d’avoir le bon feeling sur les équipes, sur ce que les joueurs vont tenter de faire et ce que leurs adversaires vont essayer pour les arrêter. Si vous réussissez à anticiper un grand moment, il faut que vous soyez au courant de beaucoup d’éléments contextuels. L’anticipation est la clé.

Essayez de nettoyer les arrières plans en utilisant des objectifs à focales longues en shootant avec de grandes ouvertures. Et ne soyez pas effrayés de pousser un peu en ISO aux limites de votre appareil numérique pour ne pas descendre en deçà du 1/1000 s en termes de vitesse d’obturation. C’est en tous les cas ce que je fais lorsque je veux figer l’action. Agenouillez-vous pour être capable de montrer l’expression des visages des joueurs. J’adore voir les visages et c’est vrai que les casques n’aident pas.

Pour terminer, je suggérerais à tout le monde de ne pas hésiter à expérimenter. C’est comme cela que l’on progresse. Parfois c’est mieux de prendre un peu de recul, de respirer un grand coup, de partir de l’endroit où se trouvent tous les photographes pour trouver un angle d’où personne ne shoote et de tenter sa chance de là, tout simplement.

Faites des expériences et si la lumière est vraiment mauvaise, essayez de tirer sur la vitesse et de flouter l’arrière plan. Tentez quelque chose de différent. N’essayez pas systématiquement de suivre le ballon mais par exemple, si vous êtes sur une 3ème tentative et longue, cette équipe va tenter de lancer la balle à un WR, et bien vous n’avez qu’à le suivre dés le début du jeu et attendre que l’action vienne à lui.

Bonne chance et surtout éclatez vous !

Pour avoir un aperçu des travaux de Bob, allez jeter un coup d'oeil sur son site :

 
 
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 Hier, j'étais un quarterback noir qui se trouvait être un bon quaterback. Aujourd'hui, je suis un bon quarterback qui se trouve être noir.  – Doug Williams, QB des Redskins, le lendemain de sa victoire lors du Super Bowl XXII.

En VO :  Yesterday, I was a black quarterback who happens to be good. Today, I'm a good quarterback who happens to be black. 

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